Le Grand Hôtel des Bains

 
 
Carte postale Nels. Edit. : Ch. Dewalque- Seignac,                   Photographie 2009.
Bazar à La Roche-en-Ardenne. Tél. : 8.
Cachet de la poste : 1947.

1. Historique du Grand Hôtel des Bains
  ( La Roche-en-Ardenne)


L'origine du bâtiment principal remonte à 1932 ; date à laquelle la famille Maréchal fit construire un hôtel pour l 'exploiter sous le nom de : "Grand Hôtel des Bains".
Cette portion de l'Ourthe était autrefois appelée "Bassin de natation".
Pourquoi "Les  Bains" ? Parce que les propriétaires avaient fait construire des cabines, des installations pour se baigner dans l'Ourthe à l'arrière de l'hôtel.

En 1938, REX y organise ses états généraux. Mouvement politique belge d'extrême droite (le rexisme) entre les années 1930 et 1945 :  Rex, dirigé par Léon Degrelle, s'établit en tant que parti en 1936, année où il obtient vingt et un sièges à la Chambre.

En 1941, l'hôtel devint la propriété de la famille Collet de Mierchamps, qui l'exploite également de manière privée jusqu'en 1967.

Durant cette période, éclate la seconde guerre mondiale et l'hôtel est réquisitionné pour abriter les services administratifs allemands, ainsi que leurs services de secours et leur poste médical en 1944. Cette réquisition va aussi entraîner  le travail obligatoire pour  les femmes de La Roche.
Après la libération, l'hôtel reprend péniblement ses activités.

En 1967, sous la présidence de Monsieur Emile Janssens, la Centrale Générale de la FGTB rachete le bâtiment pour disposer d'un centre de "vacances ouvrières" pour ses affiliés.

Cet établissement, qualifié d'hôtel de luxe - mais dans un état vétuste - plaît directement aux Présidents et membres du Comité. L'acte de vente est conclu en février 1967 pour un montant de 15 millions de francs.

Après quelques mois de travaux, l'ouverture de l'Hôtel Floréal se faît le 4 mai 1967 sous la gérance de Monsieur Emile Dubois. ("Floréal" est le nom d'un mois du calendrier républicain correspondant à la floraison).

Comme La Roche ne possédait pas en 1967 de caserne de pompiers et qu'il fallait faire appel à la caserne de Marche, la Centrale avait décidé d'acheter sa propre pompe à eau. Une équipe du personnel s'entraînait régulièrement pour pouvoir faire face à un éventuel incendie. La commune pouvait également se servir de cette pompe en cas de nécessité.

L'été 1967 fut très chaud et parmi les premiers vacanciers, deux enfants furent accidentés lors d'une baignade dans la rivière au fond schisteux. Le Président décida alors qu'une piscine devrait être construite. (réalisation en 1968).

Au cours de l'hiver 1967-1968, les garages furent aménagés en salles de restaurant et de délassement. Lors des travaux de réfection devant l'hôtel, un camion chargé de sable s'enfonça dans les caves… Quelques coups de pelle et cette cave défoncée allait être transformée en bowling (1969).

En 1970, le troisième étage fut aménagé en chambres à louer.

Après quelques années, une modernisation complète du bâtiment s'imposa. Des travaux de rénovation furent engagés en 1983. Ces nouvelles transformations - impératives aux niveaux sécurité, sanitaire et commodité des chambres - allaient se terminer au printemps 1985. Tout l'intérieur fut détruit à l'exception de l'escalier central et des vitraux ( voir photos ) du premier palier.

A la réouverture, en juin 1985, l'hôtel Floréal allait être rebaptisé Floréal Club.
Toutes les chambres furent équipées de salles de bain & WC, certaines pouvaient accueillir des personnes moins valides. Diverses salles de détente, de jeux, bar, salons TV, crêperie, restaurant de passage pour groupes, ainsi que de vastes terrasses faisant le tour de l'hôtel furent créés.
A cause de contraintes imposées par l'urbanisme et ne pouvant rien changer à l'aspect extérieur de l'hôtel, seul l'aménagement de deux jardins d'hiver en façade arrière du bâtiment ( voir photos )  put être effectué.

De 1986  à 2006, le Floréal Club fit l'acquisition de plusieurs  campings.
Il possède alors deux types de formules de séjours : les chambres d'hôtel et le camping. En 1987, la Centrale Générale décida de proposer une troisième formule déjà bien implantée à la Côte : les appartements. Les travaux furent effectués de 1987 à 1989. L'ouverture de l' extension allait offrir 38 appartements  et studios aménagés spécialement pour les familles et accessibles aux moins-valides.
Archives Le Floréal - Archives CDOM

2. Anecdotes

  "La cloche de l'hôtel du Luxembourg" (situé à l'époque dans la rue principale).
Cette cloche servait à appeler les clients pour le repas afin qu'ils mangent tous en même temps. A la destruction de l'hôtel, après la guerre, elle fut donnée au crieur de l'époque, François Thérer (1895-1972).
Pendant un quart de siècle, François arpenta les rues, annonçant indifféremment les rencontres de football, les films de la semaine ou encore les coupures dans la distribution d'eau. Selon les circonstances, il effectuait un circuit au centre de la ville  ou bien officiait en sus aux endroits écartés. Dans les années 60, il facturait au prix de 25 francs ce qu'il appelait la "grande tournée" qui comprenait le Grand Hôtel des Bains." Archives Le Floréal.

  " Chantons !"
Fin 1942, l'Hôtel des Bains  est réquisitionné par les Allemands pour y placer des soldats en convalescence. Il peut en accueillir une cinquantaine. Le centre est dirigé par un Major, un brave homme. Tout le contraire de Steinbach, un adjudant féroce.  Trois infirmières allemandes y étaient aussi affectées, dont Marianne, leur chef, " une méchante " selon Maria Mathieu qui nous raconte les événements et qui nous chante la chanson qu'elle a composée avec quelques autres.  
La commune de La Roche a été chargée par le Major de recruter deux équipes de quinze jeunes filles, venant idéalement d'hôtels, pour travailler à l'Hôtel des Bains.  Mais les jeunes Rochoises sont brimées par l'infirmière en chef, à qui elles promettent la Vanne, c'est-à-dire le lieu-dit de l'Ourthe situé derrière l'Hôtel et où, par temps chaud, les Rochois aiment venir se baigner.  Les chansons, dont Laure Nollomont fut la principale conceptrice, devaient leur servir de défouloir.  Il y  eut en fait deux chansons, l'une peut-être encore plus clandestine que l'autre. Archives  Musée de la Parole en Ardenne.

Hôtel des Bains I
(air : Lily Marlène)
Tommys, venez vite
Pour nous délivrer
De ces hypocrites
Qui nous font travailler,
Car tous les jours au matin,
Nous nous rendons le cœur chagrin
Au grand Hôtel des Bains (bis)
Regardant Marianne,
On se dit tout bas :
Tu iras dans la Vanne
Quand les Tommys seront là.
Et chaque matin en arrivant,
Elle nous fait regarder l'cadran
En nous enguirlandant. (bis)
Avec cette infâme,
Il y a aussi
Un être sans âme
Qu n'a d'autres soucis
Que d'faire enrager le personnel,
Le menaçant de la Werbestel,
Mais nous, on  se fout d'lui. (bis)
Pour notre vengeance,
Nous nous en chargeons.
Pas de bienveillance
Pour ce tas de cochons,
Car quand les Tommys seront là,
Ils passeront tous au trépas,
Marianne, première de tous. (bis)

Hôtel des Bains II
Connaissez-vous le grand Hôtel des Bains
De qui l'on dit : "Tout y est vraiment bien" ?
Mais quant à nous, maltraitées comme des chiens,
Et malmenées du soir au matin,
Trois infirmières, un Major et un fou
Nous font crever pour 640 sous.
Toute la journée, on y sert comme ragoût :
Du poisson, de la choucroute et du chou.
Le nettoyage, il n'en est pas question,
Car simplement, nous léchons,
Et même au risque d'une observation,
Simplement, carrément, nous léchons.
Archives   Musée de la Parole en Ardenne.

3. Souvenirs
extrait d'un entretien réalisé en 2005 avec Jeanne Grandmaison (G) de La Roche,  née en 1919.

E : ...Et ce n'était pas tout détruit quand ils sont arrivés ?
G : Les allemands, non.
E : Non non pas les allemands mais je veux dire à la période de l'Offensive il ne devait plus rester
     grand chose ici.
G:  Oh non.
E : Votre école avait été détruite ?
G:  Il restait les maisons à l'écart et le centre  a été détruit.
E : Votre école était détruite aussi alors ?
G : L'école aussi oui mais ça a été les derniers temps et le château n'a rien eu lui, on narguait
     les gens (rire)
E : (rire)
G : Le château n'a rien eu et l'église a eu  deux trois obus.
E : Pourtant il y a eu des gens qui s'étaient réfugiés dans les caves du château.
G : Ben oui mais pas à ce moment-là vous savez, on essayait de se regrouper par quartier,
     par famille. On ne voyageait pas, on était tous ensemble;  on se terrait même, on se cachait.
     Quand ils ouvraient la porte, tout le monde se cachait; où y avait des jeunes filles, tout le monde
     se cachait; où y avait des gamins tout le monde se cachait. C'était normal…parce que ils
     réquisitionnaient, ils prenaient les garçons, ils prenaient les filles;  on devait aller travailler aux
     Bains par exemple à l'hôtel des Bains. Les Allemands occupaient l'hôtel des Bains.
E : Qu'est-ce qu'il y avait à l'hôtel des Bains ?
G : C'est un grand hôtel.
E : Oui.
G  : C'était un endroit pour eux.
E : Que deviez-vous aller  faire ?
G : On devait aller nettoyer, porter des choses.
E : La lessive et des choses comme ça ?
G : Oui oui oui moi j'ai jamais fait la lessive ici;  chez ma cousine à Nadrin, là on la fait tous les jours.
E : Pour les Allemands.
G : Pour les Allemands oui …ah oui  ils changeaient beaucoup de chaussettes. Iils n'étaient pas fort
     riches hein …mais ils exigeaient beaucoup, surtout à la fin quand ils sentaient que les Américains
     reprenaient du terrain, alors ils étaient fort fort  stricts,  mais je ne dirais pas agressifs mais
     vindicatifs plutôt. Vous savez on vous aurait chercher noise pour  un rien. Nous on a été mis au
     mur par exemple, parce qu'il y avaient des  Allemands  qui  volaient  partout; sur les cadavres,
     ils enlevaient les bagues, les montres et tout ça et y en a un qui avait prétendu ;  parce que on
     lavait  les chaussettes et les caleçons, qu'on lui avait volé une bague, qui l'avait caché dans
     une chaussette. Or c'était pas vrai.
E : Et être mis au mur, ça veut dire quoi ?
G : Ben c'était pour être fusillés....
Archives CDOM

extrait d'un entretien réalisé en 2010 avec Gisèle Cuypers (G) de La Roche, née en 1923.

G : Et le Floréal a été construit  en 1930.
N : Qui s'appelait à l'époque le "Grand hôtel des Bains".
G : "Le Grand hôtel des Bains". Il a été exploité par chez Alphonse Maréchal, qui est aux
     Iles Canaries maintenant.
N : Oui
G : Je crois que c'est pendant la guerre ou au début de la guerre, Qu'ils ont vendu l'hôtel
     à Monsieur et Madame Collet de Mierchamps. Pendant la guerre, ils sont resté ouvert.
N : Et c'était un haut lieu de l'armée allemande ?
G : La Roche ?
N : Non, "L'hôtel des Bains"
G : Non. Donc chez Collet ont acheté ils ont modifié tout ça, c'était du luxe. Pendant la guerre,
     il n'y avait que 2 hôtels d'ouvert à La Roche : là et " Le Chalet ".. Je crois que le "Luxembourg"
     avait essayé mais alors ils ont fermé je... je ne sais plus.
     Et puis, un jour, ils ont été réquisitionnés, je pense, par l'armée allemande, pour en faire un
     centre de repos, pas un hôpital, mais pour tout ceux qui revenaient du front.
N : Genre Lazaret ? Comme ils disaient.
G : oui, une maison de convalescence. Et alors à ce moment là, ils n'ont rien trouvé de mieux
     que de venir chez nous aussi, ils ont visité et ils ont mis chez nous une partie de leur personnel.
     Et ils nous ont laissé 3 pièces. La cuisine, où on devait vivre, la chambre de mes parents et alors
     moi on a mis un lit dans la salle de bains. Donc, c'est tout ce qu'il nous restait. Et eux ont occupé
     le reste...
.....
N : Oui. Mais malgré tout, Madame Collet à vendu. Dans les années 50 ou 60 ?
G : Oui, je pense
N : Et elle a vendu donc...
G : Aux Mutualités socialistes.
N : C'est ça. Et il l'ont tout de suite rebaptisé " Floréal "?
G : Floréal oui. Ah oui, c'est dommage. Dans le fond, ça aurait dû rester un hôtel ou alors ça aurait
     peut-être pu être repris par la commune. Parce qu' après la guerre, après les bombardements
     tous les services communaux étaient là.
N : Ah oui.
G : Et deux trois personnes aussi, deux, trois familles, nous y étions aussi. Et il y avait une buse
     qui sortait à  tous les balcons.
N : A tous les balcons. Ah oui il fallait se chauffer.
G : Ah oui, on devait se chauffer. Et c'est Victor Mottet qui était bourgmestre à ce moment là, il
     faisait fonction. Parce que Jean Orban, nous nous l'avons vu partir avec ses deux nièces.
     Quand il a été arrêté. Alors le tourisme dans tout ça ?
N : Alors maintenant, oui ça amène un autre tourisme, le Floréal.
G : Tout à fait. C'est un tourisme plus  de société. De, de... Comment t'expliquer ça?
N : Des groupes, des séminaires,...
G : Oui c'est ça. Oui ça c'est bien. Les groupes, les séminaires, c'est bien.
N : Et c'est des sociétés qui offrent des séjours à leurs employés.
G : Oui, ils offrent des séjours à leurs employés. Et puis bon ils ont de la place hein.....
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4. Les publicités, les photos et les cartes postales - évolution ( archives CDOM  - archives Delcampe)

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